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Le Prince d'Egypte réussit son ambitieux pari : tirer de la Bible un film d'animation magistral et innovateur
Depuis Fantasia, quel autre dessin animé peut se targuer d'avoir fait autant parler de lui dès avant sa finition, et sur un mode aussi spectaculaire, que Le Prince d'Egypte ? Comme son prédécesseur fameux, le film entrepris par le studio Dreamworks s'est fait fort de porter l'animation à un niveau technique et artistique inédit, avec des ambitions culturelles dépassant le cadre traditionnel des contes de fées pour très jeune public. Déjà responsable en bonne partie du renouveau du dessin animé chez Disney, Jeffrey Katzenberg a obtenu carte blanche de ses associés dans Dreamworks, Steven Spielberg et David Geffen, avant de donner un feu vert aussi large aux artistes travaillant au film. Rien ne devait être trop beau ou trop cher pour un Prince qui aspirait à faire date.
On pourra bien sûr discuter l'intérêt dans l'absolu du film d'inspiration biblique, tel qu'un Cecil B. De Mille le cultiva par exemple dans le Hollywood de l'âge d'or. En s'inspirant d'épisodes célèbres de l'Ancien Testament et en particulier de l'Exode, Katzenberg et ses collaborateurs savaient qu'ils prenaient un double risque: celui de commettre de grosses bourdes de nature à choquer certains dans leur foi, mais aussi celui de verser dans le solennel saint-sulpicien si prisé des bigots mais tellement indigeste pour les autres. La consultation d'historiens, de lettrés et de dignitaires religieux (tant chrétiens et musulmans que juifs) répondit à la première préoccupation. Un travail créatif intense, inspiré, préférant aux conventions lourdingues un dynamisme audacieux, eut raison de la seconde.
Au-delà des conventions.
Récit de la jeunesse de Moïse, de sa prise de conscience et de sa révolte, de sa rencontre avec Dieu et de la libération des Hébreux tenus en esclavage par le pharaon, Le Prince d'Egypte ne confine qu'en deux ou trois occasions seulement à l'imagerie religieuse dans ce qu'elle peut avoir de raide et d'ennuyeux. Le film a l'heureuse idée de se concentrer d'une part sur les aspects humains de son sujet (notamment les rapports fratemels, allant se dégradant, entre Moïse et son frère d'adoption Ramsès), de l'autre sur une recherche formelle échappant aux conventions de l'animation dominante, telle que l'héritage de Disney l'a inscrite dans l'expérience des générations successives. Des proportions inédites des visages à l'évocation d'émotions adultes, d'une complexité morale assumée au rejet des facilités de divertissement (intermèdes comiques, animaux qui parlent, etc.), le film réalisé par Brenda Chapman, Steve Hickner et Simon Wells tranche avec éclat sur les habitudes du dessin animé grand public. A ses meilleurs moments (une course de chars vertigineuse, le passage de la mer Rouge ouverte par Moïse, le rêve fantastique de ce dernier " entré " littéralement dans les hiéroglyphes relatant les massacres d'enfants commis par le pharaon Seti), Le Prince d'Egypte atteint même des sommets jamais vus dans l'animation commerciale.
Inlassablement refait de version en version, au fil des idées neuves et des corrections d'erreur, le film fut peaufiné à l'extrême, nourri aussi d'effets spéciaux où l'ordinateur eut la part belle (4 plans seulement sont vierges de tout effet !). Mais la priorité est heureusement restée au trait naturel, humain, inspiré de références aussi remarquables que Gustave Doré pour le trait, Claude Monet pour la palette de couleurs, et David Lean pour le souffle héroïque, la composition, l'ouverture du paysage. Le travail sur la profondeur de champ, la multiplication des niveaux visuels, les rapports entre les personnages et le cadre marquent notamment de singulière façon l'accomplissement artistique qu'est Le Prince d'Egypte.
Reste au formidable pari de Jeffrey Katzenherg, pour réussir totalement, d'attirer en nombre des spectateurs que l'originalité même du film pourrait quelque peu dérouter.
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