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© Michelle Pfeiffer
Last Update : 2007/07/26
Online since : 1995/06/14
Interview Personnel et Confidentiel
(Cine Tele Revue :: 1996 :: Propos receuillis par Graham MILFRED et John STOCKTON )

Tout le monde la trouve belle, elle se trouve quelconque. Tout le monde fantasme sur sa bouche, elle en fait un complexe depuis l'adolescence. Tout le monde la croit forte et sūre d'elle, elle s'avoue fragile et manque singulièrement d'assurance. Star américaine la plus demandée, Michelle Pfeiffer est aussi la moins conventionnelle. Pour la faire sortir de chez elle, il faut lui offrir bien plus que des millions de dollars. Entre l'amour de ses deux enfants, la tendresse d'un mari qu'elle a cherché pendant trente-neuf ans et ses ambitions personnelles, la maman la plus secrète de Hollywood n'a pas hésité bien longtemps. Si elle a accepté de tourner "Esprits rebelles", film à petit budget, ce n'était pas seulement parce que le personnage de ce professeur de lycée avait touché ses cordes sensibles. C'était aussi parce que, enceinte, elle ne s'éloignait pas de sa fille et de son mari, David Kelley. Ce drame s'est avéré l'un des succès de l'année 95 aux Etats-Unis, alors que personne n'aurait misé sa chemise dessus. Depuis l'adoption de Claudia Rose et la naissance de John Henry, la catwoman de "Batman - Le Défi" n'est plus la même. "Mes priorités ont changé." La comédienne, qui avait refusé auparavant "Le silence des agneaux", "Thelma et Louise" et "Nuits blanches à Seattle", a même décliné le rôle d'Eva Peron, le personnage central du film que tourne actuellement Oliver Stone. Parce que le bonheur n'a pas de prix. Et qu'à 39 ans, après l'avoir cherché si longtemps, Michelle Pfeiffer veut bien lui sacrifier sa gloire.


-Il paraît que vous venez de également de refuser un film en Corée avec Richard Gere. A cause de vos enfants ?
-Non, car ils m'auraient accompagnée. Mais cela signifiait que David aurait été loin de nous et je trouvais ça injuste. J'ai été mariée une première fois avant (avec Peter Horton) et nous avions traversé de longues périodes de séparations. Peu de couples peuvent survivre à çà.

-Vous emmenez toujours vos enfants sur le lieu de travail?
-Oui, dans la mesure du possible. Sinon, j'ai décidé de ne pas me séparer d'eux plus de trois semaines. Dans le métier, certaines personnes ne culpabilisent pas en confiant leurs gosses à des nurses. Moi, je ne pourrais pas.

-Quels souvenirs garderont-ils de leur enfance? Se souviendront-ils de leurs jeux sur le plateau 10 ou de l'ours en peluche dans leur parc?
-Je sais que ce choix n'est pas possible pour toutes les femmes, mais je ne pourrais plus vivre autrement.

-Pourquoi avoir commencé par adopter un enfant?
-Parce qu'à 35 ans, mon horloge biologique s'est tout à coup mise à sonner. J'étais seule et j'ai commencé à réfléchir. Il n'y avait pas de raison que je ne fonde pas moi aussi une famille.

-Quelques semaines après avoir entamé la procédure d'adoption, vous avez rencontré David Kelley. Quand lui avez-vous parlé de votre choix?
-A peu près tout de suite ; j'ai senti très vite que celui-là n'allait pas s'en aller au bout de quelques semaines. Il fallait lui parler de l'adoption. J'avais le sentiment que ça ne le ferait pas fuir, alors que beaucoup d'hommes auraient été effrayés. Depuis le début, David est autant le père de Claudia que moi j'en suis la mère. Quelques fois, je me dis que c'est elle qui nous a réunis. Au début d'une relation sérieuse, on essaye toujours de s'imaginer comment l'autre réagira en tant que parent. Nous, nous avons vécu la situation immédiatement. Cela crée un lien solide dès le départ.

-Vous vous êtes mariés le jour du baptême de Claudia.
-Nous avions envoyé 70 cartons d'invitation à nos amis et à la famille pour le baptême. La veille, nous avons appelé tout le monde. Surprise : c'était aussi un mariage !

-Qu'a David Kelley de plus que les autres?
-Il est tellement mignon. Chaque jour, je me pince. Partout où je vais avec lui, j'ai la sensation d'être la femme la plus heureuse.

-Et la plus belle, aussi?
-Cela dépend des jours. C'est étrange. Mon dermatologue m'a confié qu'il connaissait beaucoup de femmes qui rêvaient de mes lèvres. A l'école, j'étais la risée de ma classe à cause de ma bouche. Qu'elle soit aujourd'hui l'objet d'une telle admiration me surprend. On garde toute sa vie ses complexes d'adolescente.

-Vous n'étiez pas sûre de vous?
-Oh non ! J'avais une amie qui s'appelait Linda et qui avait une telle confiance en elle que lorsqu'elle entrait dans une pièce, tous les yeux se tournaient vers elle. Il n'y avait pas moyen de ne pas la voir. Dix ans plus tard, on s'est croisé à un mariage. J'avais déjà connu quelques succès dans ma carrière, mais quand je me suis retrouvée face à elle, mes complexes d'ado sont remontés à la surface.

-Vous avez adopté un enfant de couleur et vous l'élevez avec le fils que vous avez eu de votre époux. Ce n'est pas plus difficile?
-Je n'ai pas envie de débattre du sujet racial. Pour moi, Blanc ou Noir, ça ne fait aucune différence. J'ai toujours pensé que les métis étaient les plus beaux. J'étais d'autant plus enthousiaste lorsque j'ai su que Claudia était pour moi. Pour le moment, elle est à l'âge où elle commence à se rendre compte de sa différence par rapport à son petit frère. Mais elle ne se pose pas encore de questions. Pour elle, les choses sont ainsi et c'est tout.

-Vous avez changé depuis que vous êtes maman?
-Je cherche beaucoup moins à tout contrôler autour de moi. J'ai cependant tendance à ne pas pardonner les imperfections des autres. Je détese ce trait de mon caractère. Mais le maternité m'a transformée, dans la mesure où je me suis rendu compte qu'il était impossible d'être parfaite tous les jours. Etre mère est une improvisation quotidienne.

-Comment gérez-vous votre double rôle de mère et de star de cinéma?
-Etrangement, la gloire me pèse moins depuis que je suis maman. Sans doute parce que j'ai d'autres préoccupations plus importantes.

-Qu'est-ce qui vous a séduit dans "Esprits rebelles" ?
-Le personnage de LouAnne Johnson, dont l'histoire m'a fascinée. Quand j'ai tourné "Esprits rebelles", j'étais enceinte de six mois, et j'étais d'autant plus sensible au problème de la violence dans les écoles. Ce film est un témoignage sur ce que sont les problèmes de l'éducation aujourd'hui. Je crois intimement que la solution à ces problèmes réside dans le facteur humain, dans ce lien si particulier qui doit exister entre un élève et son prof. L'ennui, c'est que les enseignants n'ont ni le temps ni les moyens de laisser ce lien s'installer.

-La violence dans les écoles inquiète-t-elle la maman que vous êtes?
-Mes enfants sont encore très jeunes, mais le sujet me préoccupe déjà. Pour avoir longuement discuté avec LouAnne, je sais que les solutions existent et qu'elles ne résident pas nécessairement dans la répression. On ne répond pas à la violence par la violence. Personnellement, je me suis posé beaucoup de questions quant à l'éducation de mes enfants. Aussi, je ne comprends pas qu'on rabote les budgets de l'enseignement. Ce n'est pas seulement l'avenir des nôtres qui se joue, mais celui des générations futures.

-Est-il vrai que vous fantasmez toujours sur Robert Redford?
-Quelle femme n'a pas fantasmé sur Robert Redford? Bob est divin. Il est tellement... (elle cherche ses mots) généreux et... élégant, concentré sur son travail et très professionnel. Il est toujours là pour vous aider.

-Il embrasse bien?
-(Rires) Je n'ai pas l'intention de vous le dire.

-Vous avez tout de même tourné des scènes d'amour avec lui.
-Oui, puisque le film raconte une histoire d'amour entre son personnage, un vétéran de l'information, et le mien, une ambitieuse qui passe de la présentation de la météo à celle du JT. Oui, nous partageons des scènes intenses,mais je ne suis jamais montrée nue. Cela dit, c'est vrai que dans ses bras, je me suis souvenue de mon adolescence, quand, seule dans ma chambre avec mes posters, je laissais mon imagination voyager !

-Dans quelle mesure l'arrivée de vos enfants a-t-elle influé sur votre vie?
-Mes priorités ne sont plus les mêmes aujourd'hui. Avant, seuls ma carrière et moi comptions. Pendant des années, j'ai été attirée par le côté sombre des choses. Celà m'intéresse encore, mais grâce à mes enfants, je vois enfin le côté clair. Tout à coup, quand j'ai eu ma fille, j'ai eu envie d'ouvrir les rideaux pour laisser entrer la lumière. J'ai une chance immense. J'aime le métier que je fais, mes enfants, mon mari. Mais tout se paye un jour, parce qu'on ne peut pas tout avoir en même temps. Qu'importe le nombre d'heures que je passe avec mes enfants, pour moi, ce n'est jamais assez. Je nourris une profonde culpabilité dans ce domaine.

-On pensaient qu'une star de cinéma était au-dessus de ça...
-Détrompez-vous. C'est tout aussi stressant. On croit toujours que les gens de cinéma sont bohèmes. Les mentalités sont en train de changer. Dans les contrats, il est généralement présicé qu'un acteur travaille douze heures par jour. Ça fait une sacrée longue journée, pas vraiment compatible avec une vie de famille équilibrée ! A 40 ans, après avoir papilloné dans sa jeunesse et cherché le père de ses enfants dix ans plus tard, une femme n'a plus le droit de se tromper.